Le fantasmatique

28 mai 2018

Management à la Suisse

Si, en matière d'innovation, on parle souvent de développement technologique, il est beaucoup plus rare qu'on parle d'innovation managériale. La semaine dernière, pourtant, j'ai suivi un congrès à Berne en Suisse consacré au management, où un des intervenants présentait plusieurs cas de management original particulièrement attractifs. Trois d'entre eux m'ont carrément sidéré. La stratégie d'entreprise de Leroy Merlin est par exemple construite par les employés grâce à de nombreuses rencontres inscrites dans une démarche globale. Dès le début d'ailleurs, l'ensemble des coéquipiers a participé à fixer la stratégie de l'entreprise. Chaque employé se sent ainsi impliqué par la réalisation de ce projet. Aux Etats-Unis, l'entreprise WL Gore (près de 8000 salariés) a fait elle aussi un choix original : les nouvelles recrues bénéficient, à leur arrivée, de quelques semaines afin de découvrir tous les projets et indiquer au terme de cette initiation les équipes où elles voudraient travailler. De leur côté, les équipes nommées ont le choix d'approuver ou écarter la candidature. Cette technique souligne ouvertement les deux éléments du plaisir au travail, soit le travail lui-même mais surtout l'appartenance à un groupe où l'on se sent à sa place. Aux Etats-Unis, Michael Dell (le PDG de DELL) a observé, il y a quelques années, une augmentation des critiques à l'égard de ses produits sur la toile. Il a donc réagi en créant IdeaStorm, une plateforme en ligne sur laquelle il a demandé aux internautes de poster toutes les critiques qu'ils souhaitaient formuler envers ses produits. Cette méthode, très osée, a eu énormément d'effets positifs : elle a permis au groupe de déterminer les sources d'insatisfaction et d'implanter des solutions en conséquence. La seconde phase a consisté à faire collaborer les clients dans le processus de recherche d'innovation. Quelques 9000 suggestions ont ainsi été soumises et plusieurs ont été mises en place. Cette volonté a non seulement permis de renouer le contact avec les clients, mais aussi de trouver de nouvelles idées en élargissant la créativité hors du cadre de l'entreprise. Des sociétés telles que Lego avec Cuusoo se sont elles aussi attaquées à cette démarche de créativité innovante. Ce congrès à Berne m'a permis de comprendre qu'en dehors de ces trop rares exemples, Le management évolue, de manière générale, à une lenteur rageante, mais les exemples délivrés lors de ce congrès montrent qu'un changement est à l'oeuvre, et qu'il va sûrement se généraliser dasn les années à venir.. Pour plus d'informations, allez sur le site de l'organisation du séminaire entreprise en Suisse et retrouvez toutes les informations.

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23 mai 2018

Définir une véritable politique de jeunesse en France

Investir dans la jeunesse implique de réinterroger la logique de familialisation de la protection sociale. Il importe d’incorporer les jeunes dans notre système de protection sociale pour éviter les insécurités qu’ils subissent aujourd’hui. Cette orientation implique de transformer la conception et l’élaboration des politiques de jeunesse, encore liées aujourd’hui à une problématique de loisirs et de temps de vie et pas encore à une conception de la jeunesse comme un nouvel âge de la vie. La politique familiale peut être interrogée sur ses objectifs et les modalités d’attribution des moyens alloués. Doit-on privilégier les aides à la famille ayant à charge des jeunes adultes, qui contribuent indirectement à l’autonomie des jeunes mais entretiennent une dépendance à l’égard des parents ? Ou bien doit-on imaginer, à partir d’un certain âge, de verser des prestations directement aux jeunes ? Faut-il penser une politique d’autonomie fondée sur un accès à des ressources pour soutenir directement les jeunes les plus en difficulté, ainsi que tous les jeunes en études ? Un enjeu essentiel est donc d’opérer une inflexion du système de protection sociale et des politiques d’éducation et d’emploi, déjà énoncée il y a plus de quinze ans dans plusieurs rapports institutionnels, et qui consisterait à prendre en compte les métamorphoses du passage à l’âge adulte, à redéfinir les liens entre l’école et l’emploi et à ouvrir une protection sociale à tous dès la majorité civile. L’accès à l’indépendance des jeunes apparaît donc primordial et peut être promu par les politiques d’éducation et de formation, les politiques familiales et de l’emploi, les politiques sociales et de santé. Or, pour s’inscrire dans une stratégie d’investissement social, ces politiques doivent évoluer : elles ne peuvent pas être seulement conçues comme des filets de sécurité mais doivent également inscrire les jeunes dans des dynamiques de parcours susceptibles d’étayer le processus de leur autonomisation en leur proposant un accompagnement global. L’investissement dans la jeunesse ne relève donc pas seulement d’une question de moyens et d’allocation de ressources. Il soulève également un enjeu de conception de l’action publique et de changement de posture vis-à-vis des pratiques et des modes de gouvernance, actuellement caractérisés par le morcellement d’une multitude de mesures spécifiques en marge du droit commun. La mise en œuvre d’une stratégie d’investissement social dans la jeunesse implique une approche plus transversale, non seulement corrective et réparatrice mais aussi préventive, participative et inclusive, permettant d’anticiper l’émergence des difficultés pour éviter qu’elles ne s’installent et de promouvoir des mesures et des démarches d’empowerment et de «capacitation» afin que les jeunes puissent s’autonomiser dans leur parcours de vie.

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26 mars 2018

Promenade à Israel

Il y a quelques temps, j'ai réalisé un voyage de groupe en Israel. J'avais déjà expérimenté un voyage de ce genre il y a dix ans avec ma femme, mais cela avait été une torture. C'est que qui dit voyage de groupe dit groupe, n'est-ce pas ? Et là, il vaut mieux mettre à un cierge à l'église, et prier de ne pas tomber sur les mauvaises personnes. Parce que voyager en compagnie de quelqu'un qui ne vous plaît pas peut vite devenir insupportable ! La première fois, nous avons eu notamment droit à un ado qui ne voulait pas être là, et à une fille qui hurlait sur sa mère dès que cette dernière lui faisait la moindre remarque. Ces deux jeunes avaient failli nous rendre chèvres. Mais malgré tout, mon épouse et moi avons décidé de relancer la loterie. Et cette fois, nous avons décroché le gros lot ! Notre groupe était assez diversifié : il comptait par exemple un comptable, un livreur de pizzas, deux jeunes des cités, une famille moyenne... Mais cette richesse a permis des échanges de point de vue passionnants sur la manière de voir le monde. En fait, j'y ai retrouvé une ambiance simple et fraternelle qu'on trouve rarement, même entre amis. On pouvait discuter de tout, librement, sans que quelqu'un essaie de prétendre convertir l'autre à son point de vue. Difficile de dire pourquoi l'alchimie a fonctionné. Ce qui est sûr, c'est que l'ambiance était parfaite. En revanche, nous ne pousserons pas le vice jusqu'à essayer de rencontrer ces personnes dans la vie réelle. Nous avons bien entendu échangé nos numéros (comme cela se fait toujours), mais nous n'irons pas plus loin. Ma femme et moi avions déjà essayé de revoir la dernière fois un couple avec lequel nous avions sympathisé. Et le moins qu'on puisse dire, c'est que nous aurions pu nous abstenir ! Une fois de retour, on découvre en effet vite qu'on n'a rien en commun. Il semble que parfois, la magie est bien là où elle est. Ce voyage m'a en tout cas appris que les voyages de groupe peuvent être réussis. A tel point que ma femme et moi discutons déjà de l'éventualité de reprendre la même formule ! Ce voyage de groupe à nous a rappelé, à elle comme à moi, un truc vital que nous avions perdu de vue : ce n'est pas tant la destination qui fait d'un voyage une aventure marquante que les rencontres qu'on y fait. Pour plus d'informations, allez sur le site de ce voyage en Israel et trouvez toutes les informations.

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21 mars 2018

Vers une instance d’autorégulation indépendante et tripartite ?

Le président de la République Emmanuel Macron et sa ministre de la Culture Françoise Nyssen travaillent actuellement à un projet de loi destiné à lutter contre les fausses informations (« fake news »). Le texte devrait être prêt d’ici à l’été 2018. Pour l’Etat, les dispositions héritées de la loi de 1881 sur le droit de la presse qui prévoient, entre autres, de sanctionner les auteurs coupables de diffusion de fausses nouvelles ne suffisent plus à l’heure d’internet où tout va très vite et où n’importe qui peut devenir auteur et diffuseur. Personnellement, je vois là l’opportunité de créer un organe de déontologie journalistique à l’instar de ce qui existe dans de nombreux autres pays européens. Il faut savoir que 18 pays membres de l'Union européenne et du Conseil de l’Europe sont dotés d’un conseil de presse : Allemagne, Autriche, Belgique (2), Bulgarie, Chypre, Croatie, Danemark, Espagne (2), Estonie, Finlande, Hongrie, Irlande, Italie, Luxembourg, Malte, Pays-Bas, Royaume-Uni, Suède. 10 pays membres de l'Union européenne et du Conseil de l’Europe ne sont pas dotés d’un conseil de presse : France, Grèce, Lettonie, Lituanie, Pologne, Portugal, République Tchèque, Roumanie, Slovaquie, Slovénie. 12 pays membres du Conseil de l’Europe sont dotés d’un conseil de presse : Arménie, Azerbaïdjan, Bosnie-Herzégovine, Géorgie, Macédoine, Moldavie, Monténégro, Norvège, Russie, Serbie, Suisse, Ukraine. 7 pays membres du Conseil de l’Europe ne sont pas dotés d’un conseil de presse : Albanie, Andorre, Islande, Liechtenstein, Monaco, Saint-Marin, Turquie. Au total, 30 des 47 Etats membres du Conseil de l’Europe sont dotés d’un conseil de presse. Cet organe de déontologie journalistique ne serait pas là pour se substituer à la nouvelle loi sur les fausses nouvelles. Ni pour empiéter sur les outils déjà existants dans le monde des médias, tels que la responsabilité du directeur de publication sur les contenus diffusés, les lignes et chartes éditoriales, la présence de médiateurs chargés d’entretenir un lien de confiance entre les publics et les rédactions. Ce conseil de déontologie aurait avant tout un rôle pédagogique. Il serait composé à la fois de journalistes, de représentants des entreprises d’information et de représentants du public. Cette instance tripartite ne serait pas un tribunal. Elle n’aurait pas pour mission de sanctionner, maiscontribuerait à la régulation d’une profession qui doit être indépendante des pouvoirs politiques et judiciaires pour préserver le bon fonctionnement de la démocratie. Le rôle de cet organe de déontologie indépendant serait donc de pointer les dérives de l’information et de diffuser les bonnes pratiques en matière de déontologie. Son champ d’action concernerait tous les contenus produits par les entreprises de presse quel que soit leur mode de diffusion, papier, radiophonique, télévisuelle ou en ligne. Aujourd’hui, un média use souvent de l’ensemble de ces modes à la fois. Parce que l’information n’a jamais été autant mise en cause, il est temps que les Français puissent enfin saisir une instance indépendante d’autorégulation lorsqu’ils estiment que les règles déontologiques du journalisme n’ont pas été suivies.

Posté par thopol à 17:14 - Permalien [#]
24 janvier 2018

Les maestros italiens

A l’avant-scène du design international dans les années 1980, l’Italie chouchoute désormais sa relève. Ces dernières décennies, comme au Danemark, la jeune génération a été éclipsée par l’ancienne : les fameux Ettore Sottsass, Matteo Thun, Michele de Lucchi, Gaetano Pesce… « J’en voulais aux maestros italiens qui ouvraient grandes leurs portes aux designers émergents venus du monde entier, des Français, des Japonais…, leur faisant bénéficier de leur instruction, alors qu’ils ne nous prêtaient guère d’attention, souligne Luca Nichetto, né en 1976 à Venise. Je suis parti en Suède où j’ai fondé un studio à Stockholm en 2011, et là, j’ai pu commencer à exister ! » Le plus jeune talent de cette promotion, et la seule femme, Federica Biasi, est proposé par Andrea Branzi. Pour ensuite revenir au pays, comme l’une des figures du nouveau design italien. Le voilà désormais mentor – à l’instar des célèbres Andrea Branzi, Giulio Cappellini, Rosita Missoni, Rossana Orlandi et Piero Lissoni – d’un jeune talent transalpin, que le Salon Maison & Objet 2018 met en lumière sur l’espace « Rising Talent Awards ». Luca Nichetto a choisi Federico Peri, né en 1983 et qui, frais émoulu de l’Institut européen du design de Milan, a peaufiné son style pendant un an, à Paris, auprès de Matali Crasset ou des Bouroullec. « Je distingue en lui une propension naturelle à imaginer des produits associés à une nouvelle expérience de vie (…), ce qui fait de lui un designer intéressant sur la scène italienne », explique Luca Nichetto. La galeriste Rossana Orlandi, grande prêtresse milanaise du design contemporain, a débusqué le jeune Guglielmo Poletti, doté d’un master à la Design Academy d’Eindhoven aux Pays-Bas où il réside actuellement. « Ce qui m’a le plus touchée dans son travail, détaille la grande dame aux lunettes yeux de mouche, c’est cette simplicité poussée à l’extrême, jusqu’à devenir un élément intrinsèque. »

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10 janvier 2018

Ma courte vie en F1

La semaine dernière, sur le circuit Grand Prix de Magny-Cours. C'est un poil fiévreux que je mets la combinaison et les chaussures. Puis je saisis les gants et le casque et rejoins la salle de briefing. Je ne suis pas un astronaute. Non, je vais seulement piloter une F1 pour la première fois de ma vie. Je démarre par un plaisant échauffement : deux séries de 20 mins sur FR. L'occasion de s'adapter à ce type de véhicule, foncièrement différent de nos voitures habituelles. Après un briefing consacré aux consignes de sécurité, il est temps de passer à l'action. Les sensations en Formule Renault se révèlent formidables quand on aime la conduite et la course. Cette mini F1 offre une certaine souplesse dans les courbes et suffisamment de couple pour des reprises plaisantes. Seul bémol, on ne sent pas énormément sa puissance. A part dans les virages, qui demandent des poignets solides. Après ça, il est temps de passer aux choses sérieuses. La F1 étant "un peu" plus exigeante que la première, le briefing s'avère cette fois-ci un peu plus important. Mais vingt minutes plus tard, me voilà au volant, prêt au départ. Difficile de présenter ce qui vous traverse l'esprit lorsqu'vous vous retrouvez au volant de ce monstre : la peur et l'impatience se mélangent si bien que vous ne pouvez plus vraiment les discerner l'une de l'autre. Après un démarrage à rendre sourd, je donne un petit coup de gaz. Puis je lève délicatement le pied de la pédale de débrayage et je sens la F1 qui part. C'est parti pour une expérience hors norme. Je gagne la piste et le moteur hurle dès que j'écrase à fond la pédale d’accélération. J'ai l'impression d'être à bord d'un missile : je me retrouve plaqué contre le siège. La direction s'avère plus difficile que prévu : il n'y a pas de direction assistée comme pour la FR. Je me retrouve brusquement face à une ligne droite et mon pied droit écrase l'accélérateur. Les sensations sont magiques. Jamais je n'ai pris un tel pied au volant. Les tours de piste passent malheureusement beaucoup trop vite à mon goût et il me faut déjà remettre la bête aux ingénieurs. Dès mon arrivée, ils la font refroidir tellement j'ai fait chauffer les disques en carbone. En descendant du véhicule, je commence à réaliser ce que je viens d'accomplir. C'est sûr : je ne regarderai plus une course de voiture de la même manière. Retrouvez plus d'informations sur l'organisateur de l'expérience de baptême F1.

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04 janvier 2018

De l'importance de dépasser la réalité

Si l'on en croit certains, nous vivons dans un monde où nous n'avons plus prise sur les choses et les événements. Mais c'est faux. Chacune de nos actions n'est certes qu'une goutte dans l'océan, mais des ensembles de gouttes peuvent changer en profondeur le cours des événements.

On en voit chaque jour la preuve dans l'actualité. Prenez l'exemple de Star Wars Battlefront II et de ses micro-transactions : le jeu a été boudé par les joueurs et a provoqué un manque à gagner de 2 à 3 milliards pour EA. L'affaire a fait assez de bruit pour que le PDG de Disney téléphone à celui de EA pour lui faire part de son mécontentement (il est vrai qu'à quelques jours de la sortie du huitième épisode, Disney n'avait aucune envie qu'on associe sa franchise à un bad buzz). Les joueurs ont donc obtenu gain de cause au final : les micro-transactions ont été désactivées. Qui aurait pu croire un tel événement possible ? Que la voix de joueurs puisse faire vaciller un géant de l'industrie vidéoludique comme EA ?

J'ai pris cet exemple parce qu'il m'a marqué (le monde vidéoludique n'est pas connu pour ses révolutions, ni même pour ses révoltes), mais on pourrait en prendre de nombreux autres. Toute notre société est basée sur l'argent, c'est vrai. Mais c'est aussi une nouvelle positive, car elle nous rappelle que tout client a un pouvoir énorme : celui de ne pas consommer. Si les clients cessaient d'acheter Apple ou Nike jusqu'à ce que ces firmes payent leurs impôts rubis sur l'ongle, et ce sans savante optimisation fiscale (de l'évasion pure et simple, mais rendue possible par quelques Etats peu scrupuleux comme l'Irlande ou les Pays-Bas), il est certain que ces géants de l'industrie s'empresseraient de changer de stratégie et de faire amende honorable.

Quand les gens comprendront le pouvoir qui est le leur et s'en saisiront vraiment, au lieu de penser qu'ils sont noyés dans la masse et n'ont aucun pouvoir sur les événements, le monde commencera à tourner plus normalement...

Posté par thopol à 14:24 - Permalien [#]