Le président de la République Emmanuel Macron et sa ministre de la Culture Françoise Nyssen travaillent actuellement à un projet de loi destiné à lutter contre les fausses informations (« fake news »). Le texte devrait être prêt d’ici à l’été 2018. Pour l’Etat, les dispositions héritées de la loi de 1881 sur le droit de la presse qui prévoient, entre autres, de sanctionner les auteurs coupables de diffusion de fausses nouvelles ne suffisent plus à l’heure d’internet où tout va très vite et où n’importe qui peut devenir auteur et diffuseur. Personnellement, je vois là l’opportunité de créer un organe de déontologie journalistique à l’instar de ce qui existe dans de nombreux autres pays européens. Il faut savoir que 18 pays membres de l'Union européenne et du Conseil de l’Europe sont dotés d’un conseil de presse : Allemagne, Autriche, Belgique (2), Bulgarie, Chypre, Croatie, Danemark, Espagne (2), Estonie, Finlande, Hongrie, Irlande, Italie, Luxembourg, Malte, Pays-Bas, Royaume-Uni, Suède. 10 pays membres de l'Union européenne et du Conseil de l’Europe ne sont pas dotés d’un conseil de presse : France, Grèce, Lettonie, Lituanie, Pologne, Portugal, République Tchèque, Roumanie, Slovaquie, Slovénie. 12 pays membres du Conseil de l’Europe sont dotés d’un conseil de presse : Arménie, Azerbaïdjan, Bosnie-Herzégovine, Géorgie, Macédoine, Moldavie, Monténégro, Norvège, Russie, Serbie, Suisse, Ukraine. 7 pays membres du Conseil de l’Europe ne sont pas dotés d’un conseil de presse : Albanie, Andorre, Islande, Liechtenstein, Monaco, Saint-Marin, Turquie. Au total, 30 des 47 Etats membres du Conseil de l’Europe sont dotés d’un conseil de presse. Cet organe de déontologie journalistique ne serait pas là pour se substituer à la nouvelle loi sur les fausses nouvelles. Ni pour empiéter sur les outils déjà existants dans le monde des médias, tels que la responsabilité du directeur de publication sur les contenus diffusés, les lignes et chartes éditoriales, la présence de médiateurs chargés d’entretenir un lien de confiance entre les publics et les rédactions. Ce conseil de déontologie aurait avant tout un rôle pédagogique. Il serait composé à la fois de journalistes, de représentants des entreprises d’information et de représentants du public. Cette instance tripartite ne serait pas un tribunal. Elle n’aurait pas pour mission de sanctionner, maiscontribuerait à la régulation d’une profession qui doit être indépendante des pouvoirs politiques et judiciaires pour préserver le bon fonctionnement de la démocratie. Le rôle de cet organe de déontologie indépendant serait donc de pointer les dérives de l’information et de diffuser les bonnes pratiques en matière de déontologie. Son champ d’action concernerait tous les contenus produits par les entreprises de presse quel que soit leur mode de diffusion, papier, radiophonique, télévisuelle ou en ligne. Aujourd’hui, un média use souvent de l’ensemble de ces modes à la fois. Parce que l’information n’a jamais été autant mise en cause, il est temps que les Français puissent enfin saisir une instance indépendante d’autorégulation lorsqu’ils estiment que les règles déontologiques du journalisme n’ont pas été suivies.