Investir dans la jeunesse implique de réinterroger la logique de familialisation de la protection sociale. Il importe d’incorporer les jeunes dans notre système de protection sociale pour éviter les insécurités qu’ils subissent aujourd’hui. Cette orientation implique de transformer la conception et l’élaboration des politiques de jeunesse, encore liées aujourd’hui à une problématique de loisirs et de temps de vie et pas encore à une conception de la jeunesse comme un nouvel âge de la vie. La politique familiale peut être interrogée sur ses objectifs et les modalités d’attribution des moyens alloués. Doit-on privilégier les aides à la famille ayant à charge des jeunes adultes, qui contribuent indirectement à l’autonomie des jeunes mais entretiennent une dépendance à l’égard des parents ? Ou bien doit-on imaginer, à partir d’un certain âge, de verser des prestations directement aux jeunes ? Faut-il penser une politique d’autonomie fondée sur un accès à des ressources pour soutenir directement les jeunes les plus en difficulté, ainsi que tous les jeunes en études ? Un enjeu essentiel est donc d’opérer une inflexion du système de protection sociale et des politiques d’éducation et d’emploi, déjà énoncée il y a plus de quinze ans dans plusieurs rapports institutionnels, et qui consisterait à prendre en compte les métamorphoses du passage à l’âge adulte, à redéfinir les liens entre l’école et l’emploi et à ouvrir une protection sociale à tous dès la majorité civile. L’accès à l’indépendance des jeunes apparaît donc primordial et peut être promu par les politiques d’éducation et de formation, les politiques familiales et de l’emploi, les politiques sociales et de santé. Or, pour s’inscrire dans une stratégie d’investissement social, ces politiques doivent évoluer : elles ne peuvent pas être seulement conçues comme des filets de sécurité mais doivent également inscrire les jeunes dans des dynamiques de parcours susceptibles d’étayer le processus de leur autonomisation en leur proposant un accompagnement global. L’investissement dans la jeunesse ne relève donc pas seulement d’une question de moyens et d’allocation de ressources. Il soulève également un enjeu de conception de l’action publique et de changement de posture vis-à-vis des pratiques et des modes de gouvernance, actuellement caractérisés par le morcellement d’une multitude de mesures spécifiques en marge du droit commun. La mise en œuvre d’une stratégie d’investissement social dans la jeunesse implique une approche plus transversale, non seulement corrective et réparatrice mais aussi préventive, participative et inclusive, permettant d’anticiper l’émergence des difficultés pour éviter qu’elles ne s’installent et de promouvoir des mesures et des démarches d’empowerment et de «capacitation» afin que les jeunes puissent s’autonomiser dans leur parcours de vie.