Les modalités d’intervention de l’État sont également appelées à se renouveler. Très concrètement cela passe d’abord par l’emploi massif des technologies de l’information afin de faciliter la vie des usagers de l’administration. La télédéclaration de l’impôt est l’un des succès de la mise en ligne des principaux formulaires administratifs. Mais ce sont aussi de nouveaux modes de fonctionnement internes à l’administration qui sont en jeu. Les technologies de l’information ne modifient pas seulement la manière dont une activité est exécutée mais elle transforme la nature même des activités. On le voit déjà à l’œuvre dans le domaine de la comptabilité publique. Les contrôles de cohérence manuels ont été automatisés au profit de contrôles plus ciblés, hiérarchisés en fonction des risques, appelant à terme des modifications sensibles du cadre réglementaire. Il est possible d’aller plus loin à l’exemple des entreprises où les fonctions d’achat ont été considérablement renouvelées par l’organisation d’appels d’offres par Internet. Au-delà de ses propres transformations internes liées à l’intégration des technologies de l’information, l’État est appelé à changer sa logique d’intervention dans la mesure où l’économie de l’immatériel est plus réticulaire que linéaire. En effet, que ce soit dans le secteur public ou dans les entreprises, l’innovation est d’abord le fait d’initiatives individuelles qui s’épanouissent mal dans des modèles bureaucratiques centralisés. Le changement est moins dans une inversion des logiques verticales (passage d’une logique top-down à une logique bottom-up) que dans l’émergence d’écosystèmes en réseau dans lesquels la valeur est coproduite et résulte non d’une action linéaire mais de l’interaction entre différents acteurs. La mission de l’État n’est plus exclusivement et nécessairement de dire ce qui doit être mais d’assurer un cadre global économique et social qui favorise l’émergence de l’innovation et le développement des connaissances. La formation illustre cette évolution. Quoi de plus régalien dans notre tradition que la formation initiale, la définition de ses objectifs, la mise en place de ses moyens. De fait, l’État et les collectivités locales ont une responsabilité essentielle dans la formation des individus et le développement de leurs compétences et talents. Ce rôle n’est plus exclusif. On l’a dit, certains acteurs privés sont très présents dans la production, voire l’organisation de l’enseignement initial, encore plus en matière de formation permanente. Mais plus fondamentalement encore, le modèle séquentiel d’éducation avec une formation initiale préparant à une vie citoyenne et professionnelle est battu en brèche. De plus en plus émergent des processus de coéducation dans lesquels interviennent concomitamment différentes modalités de formation et dans lesquels surtout l’individu devient acteur de sa formation. Ce dernier, jeune ou plus âgé, se forme sur son temps libre, avec son ordinateur personnel à l’utilisation des logiciels, et enrichit son capital humain. Il peut d’ailleurs être tour à tour, voire simultanément, celui qui apprend et celui qui enseigne via, par exemple, les forums de discussion. De là bien sûr toutes les réflexions sur la formation continue, le droit individuel à la formation, la valorisation des acquis de l’expérience. Ces questions ne sont évidemment pas nouvelles. Mais elles prennent une ampleur particulière avec le développement de l’économie de l’immatériel dans laquelle les connaissances et la capacité créative deviennent déterminantes. Encourager le développement des talents individuels, mais aussi les reconnaître, comprendre que la formation n’est plus l’apanage d’un seul âge mais devra nécessairement accompagner toutes les étapes de la vie, autant d’évolutions dont l’État ne saurait être le seul moteur mais qu’il a pour mission d’encourager et d’accompagner.